Alain Borie, Françoise Cataláa et Rémi Papillault
Jaipur est surtout célèbre pour l’étrangeté de
ses monuments, qu’il s’agisse de la silhouette
surréaliste du Jantar Mantar, l’observatoire
astronomique de Jai Singh II, ou de la
façade rococo de l’Hawa Mahal, traversée
par les vents. Mais, hors de l’enceinte du
palais, peu de visiteurs prennent le temps
d’arpenter les galeries commerçantes des
bazar. Aucun ne se hasarde à entrer dans
les cours ou ne pousse la curiosité jusqu’à
pénétrer dans les maisons et discuter avec
les habitants. Dans ce livre, au contraire,
nous avons voulu effectuer une plongée au
coeur même de la cité et de son architecture
dans ce qu’elle a de plus quotidien. Si
cet ouvrage propose une approche
historique, urbaine, architecturale et
symbolique du centre ancien de Jaipur,
celle-ci n’est pas exclusivement centrée
sur les monuments de la ville. L’exploration
des quartiers nous a réservé nombre de
découvertes et d’heureuses surprises. Cette
connaissance directe du tissu urbain nous a
amené, au passage, à rediscuter un certain
nombre d’idées admises sur le tracé et sur
l’architecture de cette grande ville indienne,
capitale du Rajasthan.
Thalia Editions, Paris, 2007.
27 x 27 cm - 280 pages 350 illustrations en couleurs
172 plans et relevés architecturaux Couverture reliée cartonné
liens : http://www.thaliaedition.com/Jaipur.html
Jaipur, une ville rose en Inde
Durant trois années, 6 étudiants de l’Ecole d’Architecture de Toulouse
et autant de parisiens de l’Ecole de Paris Malaquais ont rejoint des
étudiants indiens pour un atelier intensif de relevé et d’analyse de
maisons-palais du XVIIIe siècle à Jaipur en Inde avec le soutien des
Ecoles, de la Direction de l’Architecture et de l’Ambassade de France
en Inde. L’exposition présentée début mars à l’EAT et aujourd’hui au
CMAV en présente une synthèse des résultats.
Cet enseignement s’inscrivait pour l’Ecole de Toulouse dans
un séminaire de 5ème année intitulé « Stratégies Urbaines,
Villes et Territoires » où les étudiants devaient produire un
mémoire thématique sur l’année et sur le temps de l’intensif un relevé
architectural ainsi qu’une étude en lien avec leur thème. En 1727, Jai
Singh II, prince d’Amber, décida de construire une ville nouvelle dans la
plaine non loin des montagnes où étaient établies depuis le XIIe siècle le
palais et la ville fondés par ses ancêtres.
Il commanda les plans à un prêtre bengali, Vidyadha Battacharya, qui
composa une ville quadrillée par de larges avenues se coupant à angle
droit divisant des quartiers réservés au commerce et à l’artisanat.
Pour encourager la venue de nouveaux habitants, Jai Singh, un peu
comme on le voit sur les bastides médiévales, va exempter de taxes les
nouveaux venus et même leurs offrir des parcelles plus ou moins bien
placées selon le rang de la personne. Le long des voies principales, il fi t
construire en moins de dix ans des portiques de pierre ouvrant sur des
commerces à la façon de nos ordonnances classiques. Les nouvelles
constructions devaient s’implanter au droit de ces boutiques générant
une typologie de maisons très spécifi ques. Sur le reste des grands îlots
sur plus de deux siècles sont venus s’implanter des maisons à cour, dites
« havelis », littéralement : « maisons à vent », de plus ou moins grande
taille construites avec une cohérence typologique qui impressionne
aujourd’hui : de la maison urbaine ou suburbaine aux pièces disposées
autour d’un simple vide jusqu’à de véritables petits palais composés sur
plusieurs cours à portiques communicantes.
La maison à cour est un des types architecturaux traditionnels les plus
répandus dans le monde. On la retrouve aussi bien autour de la Méditerranée
depuis l’Espagne, les pays arabes, la Turquie, qu’en Amérique
Latine, ou en Chine. Il est tout à fait singulier qu’une telle constance morphologique
se retrouve dans des pays aussi différents par leur culture.
Pour déceler les spécifi cités éventuelles d’un habitat indien, nous avons
comparé de manière plus détaillée les modes de distribution de l’espace
domestique, les particularités constructives, et, bien sûr, observé les usages
précis auxquels ces maisons correspondent.
Notre méthode de travail a donc été essentiellement comparative à
l’échelle de la ville de Jaipur. Une des interrogations que nous formions
aussi était de savoir dans quelle mesure les différences ethniques ou
religieuses (comme par exemple entre hindouistes et musulmans) dans
une société multiculturelle comme l’Inde, engendrent des différences
morphologiques sensibles dans les types architecturaux.
Une autre direction d’étude était de nous interroger sur le devenir de
ces maisons et de ces tissus urbains, sur les problèmes que posent leur
adaptation aux modes de vie contemporains. On sait que ces maisons,
par leur distribution particulière, par l’importance des espaces en plein
air, sont souvent abandonnées ou détruites dans d’autres pays, car diffi -
cilement transformables. Un des buts de notre étude était aussi de lancer
des pistes de réfl exion pour l’utilisation de ce patrimoine et dans le
même temps de constituer une documentation pouvant être utile à l’Inde
pour un programme de sauvegarde et de mise en valeur. Si l’architecture
monumentale indienne a été largement publiée, les tissus urbains et les
architectures qui les composent n’ont eux été que très partiellement explorés.
Il peut tout de même sembler curieux d’envoyer des étudiants de 5e
année, à plus de 8000 kilomètres faire des relevés de bâtiment du XVIIIe
siècle pour tenter d’apprendre la discipline architecturale.
__La pédagogie mise en place tient autour de plusieurs notions :
- La constitution d’un savoir exploratoire et cumulatif par le mémoire :
Le mémoire, bête noire de nombreux étudiants nous paraît être un des
outils majeurs de la formalisation des savoirs de l’architecte. L’intérêt
pour l’analyse, l’abstraction et la modélisation des phénomènes, s’appuie
ici sur des cas très concrets et limités dans leur ampleur comme l’étude
sur les rythmes et tracés urbains, sur les limites, la végétation, la structure
commerciale, la gestion de l’eau, la patrimonialisation…
Il y a là une dimension expérimentale, exploratoire, dans la mesure où
sur des thématiques consacrées, sont défrichés des territoires de recherche
inviolés.
L’idée générale est que la communauté scientifi que de l’Ecole d’Architecture
puisse produire de la connaissance avec la même rigueur de
méthode que les universitaires, problématique / sources / méthode
d’analyse…, mais avec notre spécifi cité de l’exploration scientifi que par
le dessin, la cartographie, la vidéo et autres outils de l’image.
Les travaux se complètent, ils sont discutés, repris d’une année sur
l’autre, archivés à la bibliothèque et serviront de base à une publication
en cours de rédaction.
- Eprouver physiquement l’architecture, ailleurs, en Inde :
Dans l’éducation de l’architecte, le voyage est un moment privilégié où
sortant des livres et des salles de cours l’étudiant va éprouver physiquement
l’architecture, les espaces : ressentir des émotions. Loin derrière
la littérature, la musique, le cinéma, l’architecture peut produire au-delà
du fonctionnel et du bien construit, des objets pour émouvoir. Mais la
diffi culté tient tant dans la reconnaissance des sensations éprouvées que
dans la compréhension des dispositions d’espaces, de matière, de lumière
qui les ont suscités.
Le voyage dans sa part d’insécurité, de remise en cause de soi même
ouvre le visiteur à l’émotion, la sensation, dans un pays comme l’Inde, où
s’opère une violente, brutale, provocante, douce et harmonieuse remise
en question de tout…
- La re-connaissance par le relevé au 1/50e :
Pour la plupart des étudiants, ces havelis auront aussi été leur premier
relevé. Durant la première semaine, les étudiants s’installent dans des
bâtiments sélectionnés pour en prendre la mesure. En vivant avec la
ou les familles, ils comprennent de l’intérieur comment fonctionne le
bâtiment à différentes heures, différentes lumières… ils en retirent un
« relevé d’usages ».
Dans le même temps, ils doivent aussi établir au 1/50e un relevé spatial
et constructif de plans, coupes, façades, « plan de ruine », coupes axonométriques
permettant de révéler les dispositions d’espaces sur l’ensemble.
De cette confrontation à la mesure du réel naît, peut être pour la première
fois, un savoir sensible de l’édifi ce. Ce savoir sensible serait fondateur
dans la constitution individuelle de la culture architecturale.
- Les thèmes d’une architecture savante :
Le choix de Jaipur comme site d’étude se fonde aussi et peut être d’abord
sur les qualités de compositions territoriales, urbaines, et architecturales
dont la simplicité apparente permet de saisir les fondamentaux rapidement,
condition sine qua non d’un atelier intensif hors les murs. Le lien qui unit ces différentes échelles est au coeur de l’analyse.
La composition axée, la tripartition, le servant-servi, les homothéties spatiales,
l’inertie thermique et la captation de l’air pour résister au 50° de
l’été, la récupération des rares eaux de pluies, l’habitabilité autour de la
protection de la famille, les séquences du public au privé pour la mise
à distance, l’ergonomie spécifi que du assis par terre, les qualités de décor
sculpté et peint, l’idée de luxe dans le détail, l’évolutivité spatiale et
structurelle, la rationalité constructive sur la base de matériaux limités,
les subtilités de l’entre deux, du creusé dans l’épaisseur , le rapport à
l’extérieur et au ciel et tant d’autres thèmes sont quelques-uns des éléments
qui font la qualité de cette architecture que le relevé tente de
rendre compte.
Cette complexité, cette richesse de composition n’a d’équivalent chez
nous que dans de rares périodes de recherche sur l’habitat : la maison
à cour de l’antiquité romaine, l’hôtel urbain renaissance et classique,
l’immeuble du début XIXe, quelques villas modernes.
Jaipur au Rajasthan, « allez se faire souffl er là où sa souffl e » disait Debeaux,
pour parler de la beauté de ce monde et de son enregistrement.
Rémi Papillault
Commissaire de l’exposition "Jaïpur, une ville rose en Inde"
Photo : © Remi Papillault
Exposition réalisée et présentée par l’École d’Architecture de Toulouse.
Conception de l’exposition : Rémi Papillault
commissaire de l’exposition, Chantal Guitton
commissaire assistante, EAT.
Alain Borie, professeur d’architecture, EAPM
Françoise Català, enseignante plasticienne, EAPM.
Sanjeev Vidyarthi, enseignant en architecture, Aayaojan Architectural College Jaipur.
Élèves participant au programme :
2001/2002 : Guillaume Hubert, Douchan Palacios, Sébastien Mazauric, Katayoun Mosheni, Clara Barretto, Béatrice Cagnin.
2002/ 2003 : Amandine Cabrit, Chantal Guitton, Yasin Imarzouk, Pascal Lecumberry, Lionel Machonin, Stephan Mateu.
2003/2004 : Virginie Duberos, Charlotte Jacqueline, Julien Klene, Rachid
Koob, Claire Laharie, Paola Rocca, Magaye Ndiaye, Adeline Rocheteau.
La creation d'une ville territoire
« L’habileté de l’architecte lui vient de son lieu de formation et il est
exempt de toute difformité physique. En tant que personne de qualité,
il sait comment construire et il est versé dans toutes les sciences. Il
est fort, empli de justice et de compassion, d’esprit égal, sans jalousie
ni autres faiblesses, gracieux et avisé en mathématique. Il est érudit
sur les textes anciens et leurs auteurs. Il est franc et sincère dans ses
actions comme il est pondéré dans ses sens. Son habileté est dans le
dessin et il est trempé de la géographie de tous les territoires. La gourmandise
est sa perte, mais il est connu pour sa générosité. Sa santé
et son énergie sont bonnes et il est donc libre des sept péchés mortels :
le langage grossier, le vol du bien d’autrui, l’acte de violence, la chasse,
les jeux, les vins et les femmes. Sa concentration et sa ténacité sont
grandes et il porte fièrement un nom distingué et bien choisi ; il
traverse avec facilité l’océan qu’est la science de l’architecture. »
Mayamata
Comme nous l’avons signalé dans l’introduction, les historiens
qui ont travaillé sur la ville neuve de Jaipur, construite
par Jai Singh II en 1728, s’entendent pour y voir l’expression
du traité indien du Vastu Shastra qui lui aurait donné sa
régularité de voirie et de parcellaire. Son tracé obéirait à
un plan subdivisé en neuf cases carrées. De plus, la construction
de la ville se serait faite aux dépens de la ville existante, nommée
Amber, où résidaient les ancêtres de ce maharaja rajasthani.
Pour vérifier cette double affirmation, nous avons, en collaboration
avec l’Aayojan School of Architecture de Jaipur, tenté de
mesurer, à l’échelle architecturale et urbaine, les liens qui unissaient
ces deux villes et la nature de la régularité de la ville nouvelle. Nous
avons eu la chance de retrouver dans les archives un plan extrêmement
précis de la cité au 1/4000e, levé par le génie militaire du Raj
britannique entre 1925 et 1927, c’est-à-dire peu avant l’arrivée de la
voiture et du béton1. Les Anglais, présents en Inde de 1845 à 1947,
avaient en effet lancé, sur de nombreuses villes, des campagnes de
relevés destinés à servir d’assiette d’imposition ou d’assurance. Si
nous n’avons pas pu découvrir quelle était la finalité exacte de la
carte établie sous la direction du major John Smith à Jaipur, la
grande richesse de ses détails confère au document une importance
capitale pour la connaissance historique de la ville2. Sur le plan sont
représentés les bâtiments avec indication du nombre d’étages et
avec les éventuels décrochements des terrasses, ainsi que les
portiques le long des bazar et les larges avenues commerçantes qui
quadrillent la ville. Les temples sont indiqués par un symbole, de
même que les puits privés ou publics et les jardins. Les parcelles ne
sont pas représentées, mais demeurent lisibles du fait qu’elles sont
occupées en totalité par le bâti. Au regard des trente-six relevés de
bâtiments et d’échantillon urbains que nous avons effectués, il
semble qu’à cette époque la ville soit restée dans les conditions
d’usage des XVIIIe et XIXe siècles. Sur la base de ce document, nous
avons pu établir des hypothèses sur les modes de tracé utilisés par
Jai Singh II pour la conception de la ville.
Nous proposons donc, dans ce chapitre, de nous centrer sur les
questions de la création de la ville durant le règne de Sawai Jai Singh.
Sur quels éléments portait la planification? Comment fut conçu le
tracé général ? Existait-il une hiérarchisation entre les voies, un
rythme régulier dans le parcellaire ? Quelle fut la règle employée sur
les ordonnances de portiques des bazar et des places.
Le Jantar Mantar de Jaipur
Jai Singh
le prince astronome et cartographe
« L’homme doit constamment regarder les cieux
pour comprendre et ordonner la vie sur terre. »
Sawai Jai Singh II
Jai Singh II naît à Amber le 3 novembre 1688. Son père, le raja
Bishan Singh lui fait rencontrer à l’âge de sept ans l’empereur
moghol Aurangzeb qui lui donne le titre de Sawai, homme
supérieur, ou plus littéralement, un plus un quart4, suite à une
légendaire repartie du jeune enfant :
– L’empereur : «À votre âge, à quoi vous sert cette épée ? »
– Jai Singh : « Votre majesté, quand un époux prend la main de son
épouse, il est de son devoir de veiller sur elle. Maintenant que vous
êtes là pour me protéger, à quoi me servirait donc une épée ? »
Selon d’autres auteurs, il aurait dit à l’empereur qui se promenait
avec lui dans les jardins : « Tant que vous tenez ma main je ne
crains rien. »
Dans son allégeance aux empereurs moghols, Jai Singh marche
sur les traces de ses ancêtres. Après la tolérance d’Akbar (1556-1605)
et l’indifférence de Jahangir (1605-1627), commence sous le règne
de Shah Jahan (1627-1658) la persécution des hindous. Sous
Aurangzeb (1658-1707), les hindous sont exclus de l’administration
moghole et punis s’ils ne se convertissent pas à l’islam. L’empereur
fait détruire les temples de toutes les variantes de l’hindouisme et
Muhammad Shah (1719-1748) poursuivra dans une moindre mesure
cette discrimination. Dans ces conditions, on comprend mieux
l’intérêt de l’alliance avec les Moghols pour les seigneurs rajpoutes
d’Amber, comme la nécessité de la soumission militaire et des
rapprochements familiaux, comme aussi la raison de la construction
d’une mosquée Akhbârî. En échange, ils gagnent une liberté
relative (y compris de culte), qui va faire d’Amber puis de Jaipur
une des places les plus recherchées par les grandes familles pourchassées.
En 1699, à l’âge de onze ans, Jai Singh succède à son père sur le
trône d’Amber, mais c’est peut-être son arrière-grand-père homonyme,
le lettré-bâtisseur Jai Singh I, qui est son modèle. Peu d’années
après, il part servir l’empereur moghol dans de nombreuses
campagnes qui l’amèneront à visiter les hauts lieux de culture de
l’empire et de la Perse. La mort d’Aurangzeb, en 1707, signe le déclin
des empereurs et Jai Singh va profiter de leur relative fragilité pour
unifier les rajpoutes et renforcer la puissance économique et militaire
de son clan. En prenant exemple sur les Moghols, il restructure
l’administration de son territoire en une hiérarchie de
districts territoriaux dits « nizamat » et de département d’enseignements
dits « karkhana » au nombre de trente-six, dont certains
existent toujours.
Amber, ville de ses ancêtres, protégée par un relief escarpé, ne
peut plus suffire car les terrains constructibles sont tous parvenus
à saturation. Aussi décide-t-il la création d’une nouvelle ville ou
plutôt d’une extension de sa ville, dans une grande plaine traversée
par la route d’Ajmer à quelques kilomètres au sud. Il nomme sa
création de son nom : Jainagar qui deviendra Jai-pur, la ville de la
victoire.
On sait que la détermination des dates propices à certains
événements comme les fêtes hindoues (et musulmanes), ou la
détermination des dates de mariage, de voyages ou de construction
par exemple, étaient et restent, en Inde, de la plus haute
importance. Ainsi, en 1719, participant à une discussion sur le calcul
astronomique destiné à établir la date favorable pour le début d’un
long voyage du nouvel empereur Mohammed Shâh, Jai Singh se
rendit compte de l’imprécision des instruments existants et décida
la construction de plusieurs observatoires.
Sa formation s’était faite auprès de grands maîtres venus du
Gujarat, du Bengale et du Maharashtra en ce qui concerne la philosophie,
l’art et l’architecture, et auprès du pandit Jagannath
Samrat pour les sciences astrales. Jai Singh garda toute sa vie une
passion pour l’astronomie, les mathématiques et les sciences. Il a
notamment réuni une grande bibliothèque constituée d’ouvrages
européens et chinois. On y trouve, par exemple, l’Almageste de
Ptolémée, vaste compilation des connaissances astronomiques
des Anciens ; le livre de géométrie des Éléments d’Euclide ; les
Principes mathématiques de la philosophie naturelle de Newton qu’il fait
traduire en sanscrit. Le maharaja admire surtout le travail de l’astronome
turc Ulugh Beg qui avait fait construire à Samarkand, au
XVe siècle, un observatoire très perfectionné dont il va s’inspirer
pour construire les seins. À cette fin, il envoie des observateurs
chargés de lui rapporter les derniers instruments astronomiques
utilisés en Occident et en Orient. Enfin, il réunit autour de lui des
compétences diverses comme le père Manuel de Figueirido qui
quitte Goa le 6 novembre 1730 pour venir à Jaipur. Deux pères
jésuites français viennent aussi de Chandernagor le 6 janvier 1734, rejoints par un jésuite bavarois en septembre 1737. Ils étudient
ensemble l’astronomie et aident Jai Singh et leurs homologues
indiens au montage des différents appareils pour mesurer le
mouvement des corps célestes. C’est probablement de cette
période que datent les globes terrestres conservés à Bénarès et à
Londres. Ceux-ci montrent un mélange de croyances hindi et de
connaissances scientifiques sur la géographie de la planète5.
Avec l’accord de l’empereur, il fait donc construire un observatoire
astronomique à Jaipur en 1718, bien avant la création de la
ville, puis à Delhi en 1719, qui sera achevé en 1724. Suivent ensuite
les observatoires astronomiques de Mathura, Ujjain et Varanasi.
Celui de Jaipur est à 26°55’27’’ de latitude, chiffre que l’on retrouve
employé sur l’hypoténuse du triangle des différents instruments
dont la plupart sont orientés plein nord. Les mesures issues de ces
observatoires lui permettent de publier en 1733, avec l’assistance
de son gourou le pandit Jagannath, brahmane du Sud de l’Inde, sa
propre table astronomique qui corrige les anciens traités indiens.
Jai Singh dédicace un de ses traités à l’empereur Muhammad Shah
en lui demandant de corriger le calendrier des affaires politiques
et religieuses, qui était très lié à la justesse de la mesure du temps.
Il établit aussi la valeur de l’obliquité de l’écliptique à 23,28°, très
proche de sa vraie valeur de 23,27.
Parallèlement à ces avancées sur l’astronomie, Jai Singh fait
effectuer, par différents spécialistes, une cartographie d’échelle
géographique et urbaine. L’historienne Susan Gole a repéré, dans
les archives du City Museum de Jaipur, plusieurs dizaines de cartes
datant de cette période6. Pour les plans de villes, les motivations
sont diverses, comme l’inventaire de nouvelles possessions ou l’intérêt
pour la qualité de la forme urbaine. Sur certaines cartes
mêmes, des projets sont prévus comme pour Amber, Jaighar et Tonk7. Les documents les plus significatifs sont les plans de rez-dechaussée
du fort d’Agra8, celui du fort de Delhi construit par Shah
Jahan9, ou encore celui de la ville de Jodhpur10. Les plans pour le site
de Khiri sont particulièrement intéressants parce qu’ils montrent
un premier relevé de l’état existant, puis le cadrage à plus grande
échelle d’un site adapté à la construction et enfin, sur un troisième
plan, un projet de barrage11. On trouve aussi dans ce fonds des
cartes d’échelle plus géographique avec des projets de nouvelles
routes, comme celle reliant directement Pushkar à Jaipur, ou
encore des cartes très modernes d’esprit, qui mesurent l’impact de
certains embellissements urbains. Sawai Jai Singh avait aussi en
sa possession un plan d’urbanisme pour la ville d’Agra12, où l’on peut
observer de nouveaux quartiers d’extension prévus au-delà du mur
d’enceinte.
Cet intérêt pour la cartographie le pousse aussi à décorer son
bhojanshala, salle à manger particulière du palais d’Amber, par une
série de vues des villes sacrées13. Sur les villes choisies, les dessinateurs
ont mis en évidence les palais avec leurs jardins, les temples
ainsi que les ordonnances urbaines menant des portes de villes vers
des places carrées. Le cadrage des dessins est suffisamment large
pour représenter les abords des villes avec les montagnes, les lacs,
les réservoirs ainsi que les vastes demeures suburbaines.
L’ensemble de ces documents donne à Jai Singh II un certain nombre
de modèles de formes urbaines qu’il utilise pour le dessin de sa
nouvelle capitale. Cette passion pour la mesure du mouvement des
corps célestes et pour la cartographie terrestre explique que rien
ne sera laissé au hasard dans le plan de la ville qu’il projette à Jaipur.
Nous pouvons donc avancer l’hypothèse d’un tracé de départ
éminemment savant et contrôlé pour la cité, tracé qui a pu éventuellement
se transformer par la suite.
Pour faire une restitution de l’histoire de la création de la ville,
quelques plans principaux sont disponibles :
– une carte datée de 1711, établie par le pandit Bahura de Jaipur, qui
présente à grande échelle les sites d’Amber et de Jaipur. Nous n’en
connaissons que les deux extraits reproduits par Susan Gole dans
sa publication Indian Maps and Plans de 1989, mais dont elle ne relève
pas l’importance à l’époque. Ce qu’elle donne pour un plan d’Amber
n’est rien d’autre que celui du palais du Jai Niwas, situé au milieu
d’un jardin, que Jai Singh II fait construire en premier lieu sur le
site de Jaipur et qui va servir de base à la construction de la ville :
– la carte datée de 1734 qui marque l’avancement des travaux six
ans après le démarrage ;
– le plan aquarellé, dit d’achèvement, qui montre la ville en 1775 ; -
et enfin le plan du major Smith de 1925-1927
C’est sur cette base documentaire que nous proposons une
histoire de la fabrication urbaine et des modes de composition de
Jaipur, en relation avec Amber.
Le Jantar Mantar de Jaipur
Palais d’Amber avec en arrière-plan le Jaigarh Quila
Amber vuegénérale
Carte de l’Inde indiquant la position de Jaipur
Plan de la ville de Jaipur daté de 1775 (Jai Singh Museum, Jaipur)
Amber, ville en creux
La ville et son palais
Amber est une ville à l’envers, une ville en creux. Elle vient
s’inscrire dans la protection naturelle formée par les
collines Kalikhoh des monts Aravalli, au carrefour où se
rejoignent les routes de Delhi et d’Agra pour mener au lieu
saint musulman d’Ajmer et à la ville commerciale de
Sanganer. Amber fut fondée au XIIe siècle par le premier seigneur
kachhawaha qui installa un temple dédié à Ambikeshwara et le
vieux palais Bala Bai ki Sal, toujours conservés à l’heure actuelle
du fait de la présence de divinités.
Contrairement à Jodhpur, Jaisalmer, Chittogarh et à beaucoup
d’autres villes du Rajasthan qui se développent «en bosse» autour
d’une émergence rocheuse avec, au sommet, le palais ou le fort du
Maharaja, Amber est une ville installée dans un réseau de vallons :
tous les bâtiments sont disposés en amphithéâtre sur les pentes et
se regardent mutuellement, tout en faisant face au palais positionné
à mi-hauteur sur une éminence centrale. Cette disposition topographique
aura été sa chance, car les collines qui la bordent, surgissant
brusquement de la plaine, forment une protection naturelle
tout autour de la ville. Mais elle constitue aussi sa limite, car elle a
empêché toute possibilité d’extension .
C’est pendant le règne de Man Singh I (1590-1614) que commence
l’âge d’or de la ville. Bénéficiant d’une période de paix et d’enrichissement,
le raja fait construire le fort Jaighar et le palais.
Voulant renforcer l’aura de sa ville, il fait venir de Jessore, au
Bengale, l’idole de Shiva Devi qu’il installe dans un nouveau temple
construit à l’intérieur du palais. Suite à son allégeance à Akbar, il
fait aussi bâtir une mosquée et un jardin. On peut d’ailleurs encore
observer, le long de la rue principale, un kos minar, qui est une des
bornes situées sur la route de l’empereur vers la conquête du centre
de l’Inde et du Gujarat. De ce lien avec l’empereur moghol naît une
culture mêlant références hindoues, rajpoutes et musulmanes.
Amber n’est qu’à cinq ou six jours de marche de Delhi, soit 260 km,
et Agra à un jour moins loin, soit 230 km. Les trois villes forment
un triangle qui va, durant plusieurs siècles, être le coeur de l’empire
moghol. Akbar et Jahangir s’installeront à Fathepur Sikri-Agra, Humayun et Shajahan à Delhi. Quant à Amber-Jaipur, elle conservera
un statut particulier et restera sous la coupe de la famille des
Kachhawaha alors qu’elle aurait très bien pu, vu sa situation,
tomber sous la tutelle moghole. Cette « indépendance» fut une des
tâches majeures de la diplomatie des différents maharajas qui se
succédèrent à la tête du territoire.
Durant son règne, de 1621 à 1667, Jai Singh I, qui obtient de l’empereur
Shah Jahan en 1639 le titre de Mirza Raja (enfant royal),
entreprend de grands travaux pour moderniser et embellir sa ville.
Il fait construire plusieurs temples et agrandir son palais au point
que celui-ci devient comparable à ceux des grands empereurs
moghols avec un diwan-i-khas, salle des audiences privées, et un
diwan-i-am, salle des audiences publiques, sur le modèle de celles
d’Agra. Les enchaînements de cours, de salles hypostyles ouvrant
par des balcons et des moucharabiehs sur un paysage de lacs et de collines, les jardins suspendus, les décors sculptés dans la pierre
la plus dure, les peintures à la feuille d’or, tout concourt à la splendeur
de ce palais. Le salon Jai Mandir au plafond couvert de
tesselles d’or, de miroir et d’ivoire est un sommet du raffinement.
Mirza Raja Jai Singh I réunit autour de la ville de nombreux ateliers
d’arts décoratifs : émaux, papiers, tapissiers, ainsi que des artistes,
des danseurs et des musiciens. C’est un fin lettré qui parle hindi,
persan, turc et arabe classique. Cette ouverture sur le monde
moghol et perse va faire d’Amber un lieu de rayonnement culturel.
Ram Singh I (1667-1688) et Vishnu Singh (1688-1700) compléteront
l’ensemble du palais jusqu’à l’avènement de Sawai Jai Singh II.
Persistance du rôle d’Amber
Si celui-ci décide la construction d’une nouvelle ville à Jaipur, le
site d’Amber, contrairement à ce qui a été souvent écrit, ne sera
pas abandonné. Les archives montrent, bien au contraire, que non
seulement Amber conserve un rôle essentiel dans la protection
militaire de la nouvelle ville, mais qu’elle reste aussi, pendant
plusieurs décennies, un lieu important de pouvoir et de religion.
Jai Singh garde d’ailleurs le double titre de maharaja d’Amber et
de Jaipur : dans le même temps où il réalise sa nouvelle capitale, il
fait moderniser et embellir l’ancienne.
On connaît notamment, grâce aux plans retrouvés dans le fort
de Jaigarh, la teneur des travaux de construction et d’extension
effectués entre 1726 et 1738 à Amber. Sur le palais, il fait réaliser
les jali (parois ajourées) du diwan-i-am. Il fait reconstruire la
Ganesh Pol entre les deux cours d’audience, aménager le jardin
de Dilaram Bagh sous le lac d’Amber et, plus important peut-être,
réaliser l’immense Jaleb chowk, première cour du palais destinée
aux mouvements de cavalerie et à la parade des éléphants.
L’extension du zenana fait aussi partie des travaux effectués par
Jai Singh, sans que l’on sache vraiment s’il fut utilisé en tant que tel pour ses neuf femmes, ou si celles-ci habitaient plutôt dans le
nouveau palais de Jaipur ou dans d’autres palais de campagne.
Amber est ainsi pensée comme une pièce majeure dans la
composition de Jaipur, créant une ville territoire à deux têtes,
enclose dans une enceinte de plus de cinquante kilomètres de
périphérie. Ce n’est que par la suite, à la fin du XVIIIe et au début
du XIXe siècle que les successeurs de Jai Singh II délaisseront petit
à petit le site de collines. Les voyageurs passant par là décriront
une ville aux temples et aux palais somptueux abandonnés. C’est
pratiquement dans cet état qu’elle était encore lors de notre
premier voyage en 1997, la ruine ne faisant son oeuvre que doucement
sous ce climat. Lors de nos relevés à Amber, en février 2005,
nous avons pu mesurer par les traces de fondations à quel point
la ville avait été urbanisée jusqu’en hauteur, sur les pentes les plus
raides. Sur les soixante-quinze hectares intra-muros, seuls vingthuit
restent bâtis aujourd’hui dans les parties les plus basses, au
point que nous ne pouvons plus lire l’étendue de la ville du temps
de Jai Singh II et de ses ancêtres. Aujourd’hui, la décision d’en faire
un centre de production d’objets à destination touristique a fait
fleurir de grandes structures commerciales en béton, hors
d’échelle par rapport au tissu urbain. De gigantesques pylônes
servant de relais pour téléphones portables, implantés au beau
milieu des vallons, accélèrent la dégradation du site. Les dégâts
seront quasi irréparables sans une volonté politique ferme reliée
à un plan de patrimonialisation de l’ensemble.
Carte du Rajasthan
Le Sri Jagat Shiromani Mandir à Amber
Coupe de la ville d’Amber
(Agneska Bonna, « Drops of Amber », séminaire Stratégies urbaines, ENSAT, 2005)
Cour dans l’ancien palais dit Bala Bai ki Sal à Amber
Schéma de croissance territoriale sur Amber-Jaipur
Cour dans l’ancien palais dit Bala Bai ki Sal à Amber
Jainagar (Jaipur)
ville à plat : hypothèse sur la rationalité du tracé
Pour expliquer la conception de la ville, les historiens ont
coutume de partir des principes édictés dans les textes sacrés de
l’architecture indienne, regroupés sous la dénomination de Vastu.
Appliqué à Jaipur, il s’agirait d’un tracé fondé sur un plan à neuf
cases, organisé autour du palais central, où la case nord-ouest
empêchée par le relief des collines aurait été déplacée hors les
neuf cases au sud-est15.
Le Vastu fait écho aux notions fourre-tout de géobiologie, de
développement durable et de haute qualité environnementale qui
fleurissent aujourd’hui. De manière analogue, dans le populaire
traité du Feng Shui en Chine, nous découvrons l’hypothèse de la
circulation d’énergie à la surface du monde, des êtres et des choses.
Si l’on en croit ce dernier, il serait possible de soumettre les constructions
et les interventions sur le territoire à des effets bénéfiques,
voire de corriger certaines influences néfastes. On dit aussi que, lors de la construction d’édifices romans et gothiques, nos
anciens auraient appuyé leur tracé sur ces circulations d’énergie
et que ce savoir se serait perdu lors de l’avènement de la culture
classique à la Renaissance, l’objectivité cartésienne et le rationalisme
finissant d’occulter la chose.
Le Vastu
C’est dans ce contexte qu’est réapparu en Inde, depuis les
dernières décennies, un traité dit du Vastu Shastra dont il existe
aujourd’hui de multiples éditions. Celui-ci est pris en compte non
seulement par le grand public, mais aussi dans l’enseignement et
dans la profession. Ainsi, sur d’anciennes maisons, fait-on réaliser
des expertises pour vérifier qu’elles sont bien dans la norme. Mais
surtout, on relit le texte original en fonction de la modernité du
moment. C’est ainsi que l’on peut construire un hôtel, une zone
industrielle, un immeuble de bureaux, une villa, en suivant les
règles du Vastu. On y trouve même, désormais, des conseils pour
le positionnement de la télévision, du téléphone, de l’ordinateur,
comme pour les appareillages de cuisine et de salle de bains. Ce
traité a de nos jours tellement d’influence que, lors d’une transaction
immobilière, un terrain ou un bâtiment dont la disposition
respecte le Vastu voit son prix augmenté.
L’importance de ce texte vient de son rapport avec une haute
culture religieuse et mystique. La base du Vastu, écrite entre le IVe et
le XIIe siècle, est constituée par trente-deux textes regroupant des
principes aussi divers que les modes de construction, les qualités de
l’architecte, le choix d’un terrain, le tracé d’une route, l’établissement
des fondations, la conception et la construction des temples, des
maisons et des palais. Le Mayamata ainsi que d’autres textes écrits
pour la plupart en sanscrit ont été perdus ou détruits durant les invasions
du XIIIe et du XVIe siècle. Ils furent redécouverts, loin des routes
guerrières, dans l’état du Kerala, au cours des années 1930. Pour en
saisir l’essence, il nous faut remonter aux origines de l’hindouisme,
à un mythe ordonnant l’activité constructive.
Dans la triade des grands dieux, on trouve Brahma le créateur,
Vishnu, le dieu qui préserve, et Shiva, le dieu destructeur. Après la
création de l’univers, Brahma donna naissance à Vishwakarma et
lui conféra le titre de « Divin Architecte ». Il lui donna pour mission
la mise en ordre du monde, l’élaboration du plan des pays, des
villes, ainsi que la construction des palais et des temples destinés
à abriter l’énergie des dieux sur terre. Tout ceci illustre le principe
d’emboîtement d’échelles dans la conception hindouiste (11). Il est
dit que Brahma transmit l’enseignement du Vastu Shastra au dieu
Shiva, à qui il confia le soin d’instruire Vishwakarma. Pour ce faire,
celui-ci reçut les sept outils nécessaires : un compas, une équerre,
une règle de mesure, un fil à plomb, une corde, un marteau et pardessus
tout l’oeil qui serait le premier outil de l’architecte, capable
de remettre en question tout ce qui aurait été donné par les autres
instruments.
Pour accomplir sa mission, Vishwakarma fait appel à ses quatre
fils. Sthapati est l’aîné, expert en Vastu Shastra. Il possède la
compréhension globale du projet d’architecture dans quatre
grands domaines : l’examen du lieu, l’élaboration des plans, la
construction et finalement l’ornementation. Étymologiquement,
le sthapati est celui qui met en place. L’autre facette de l’architecte,
le shilpi, étant le constructeur. Sthapati est lui-même aidé par ses
trois frères : Shutraghin, expert en proportions, en mesures sacrées
et en dessin ; Takshaka, sculpteur et charpentier ; enfin Vardhaki,
qui préside à l’art de la peinture.
Une énergie surabondante conduit parfois les dieux à des actes
incontrôlés. C’est l’une de ces aventures qui fonde les principes de
composition des lieux d’habitation.
On dit que Brahma, qui ne pouvait résister au plaisir de la création,
expérimenta un jour le modelage d’un humanoïde si monstrueux
« que son ombre tombait sur la terre comme une seconde
nuit ». Brahma, satisfait de n’avoir rien perdu de ses pouvoirs,
regardait sa création grandir. Afin de protéger la terre, Shiva entra en lutte avec ce démon, si bien que, de son front, perla une goutte
de sueur qui humidifia la terre. Celle-ci fit germer et grandir une
autre étrange créature : le Purusha. Esseulé, ce dernier errait en
quête de nourriture et plus sa stature grandissait, plus sa faim devenait
insatiable. Le Purusha en était arrivé à tout dévorer sur son
passage, au point que les divinités commencèrent à s’inquiéter du
devenir de la terre. Ils allèrent se plaindre à Brahma qui, conscient
de sa responsabilité, réunit les gardiens des huit points cardinaux
pour arrêter le monstre. Ils l’encerclèrent chacun dans sa direction,
se jetèrent violemment sur lui et le plaquèrent au sol face contre
terre. Sa tête au nord-est était maintenue par Shiva et au centre
par le poids considérable de Brahma lui-même. Des dieux vinrent
de partout prêter main-forte pour l’immobiliser. Le Purusha, rendu
inoffensif, commença à gémir tristement en implorant leur grâce,
arguant du fait qu’il était fils de dieu et que c’était sa condition qui
l’obligeait à dévorer tout ce qu’il trouvait pour survivre. Brahma,
reconnaissant sa sincérité, lui donna la possibilité de recevoir les
offrandes de toutes les familles de la terre en échange de la protection
des maisons. Sous chaque maison, il y a donc l’énergie du
Purusha plaqué par les quarante-cinq dieux qui veillent à son maintien.
Le Purusha devient l’âme de la maison.
Le Vastu est donc l’énergie vitale de la terre et de chaque objet qui
s’y trouve, vas signifiant «vivre» ou «être». Le carré correspond à la
forme parfaite exprimée par le Vastu Purusha : « En bâtissant, les
hommes donnent une forme au monde, comme Brahma contraignit
Purusha à prendre une forme géométrique17. »
De cette aventure, la maison sacrée tire donc ses caractéristiques
principales. Elle est carrée (forme liée à Vishnu qui est un
modèle d’équilibre), elle est « en place » et stable. En revanche, le
cercle lui conférerait un mouvement sans fin et l’octogone (figure
intermédiaire entre le cercle et le carré) renforcerait l’expansion
et l’individualisme.
Le carré est divisé en neuf cases. Les huit comparses occupent
les cases périphériques, décomposés en quarante protecteurs.
Ceux-ci entourent Brahma, correspondant à la case centrale,
centre vide et coeur symbolique de la maison qui distribue les
pièces. Le carré est aussi divisé en deux par la diagonale avec d’un
côté le soleil (Surya) et de l’autre la lune (Soma). Pour le choix du
terrain, il faut favoriser ceux qui présentent une pente vers le nordest.
À Jaipur, c’est le cas du palais de Jai Singh et de la partie
médiane de la ville attenante où les terrains reçoivent les énergies
du soleil levant. Mais cette règle d’orientation pourra être adaptée
selon la personnalité et l’astrologie du maître d’ouvrage.
Nous avons retrouvé la trace de ce carré à neuf cases sur beaucoup
des maisons de Jaipur, comme on le verra au chapitre
suivant. Mais est-ce que ce qui est valable pour la maison l’est
aussi pour la ville ? Existe-t-il aussi un plan à neuf cases à l’échelle
urbaine ?
Jaipur, une ville à six cases
Parmi les nombreux ouvrages qui forment le corpus infini du Vastu,
le Manasara, écrit aux VIe et VIIe siècles, est le seul qui donne des indications
sur les villes, ou plus exactement sur les villages. Si l’on en
croit ce texte, une ville ne serait rien d’autre qu’un grand village dont
les plus petits doivent adopter la forme d’un double carré, avec une
dimension de 100 × 200 danda (183 × 366 m), et les plus grands une
dimension de 7200 × 14400 danda (12 960 × 25 920 m). Rappelons que
l’ancienne unité de mesure indienne, le danda, représente 1,83 m, soit
6 pieds, et que le Purusha sacré, quant à lui, équivaudrait à la hauteur
d’un homme le bras levé, soit 2,26 m18. Huit types de villages sont
donc listés dans le traité en fonction de leur forme générale, carrée,
rectangulaire ou circulaire, ainsi que du tracé des voies. Mais il
semblerait, si l’on en croit l’historien de Jaipur, qu’aucun village existant
en Inde n’ait véritablement suivi ces indications.
Un des types de tracé contenus dans ce traité, le Prasara, serait
le plus proche du plan de Jaipur. Il possède les caractéristiques
suivantes :
- la ville est de plan carré ou rectangulaire ;
- une voie dite paishacha sépare les îlots périphériques du mur de
fortification ;
- la ville est divisée en quatre, neuf ou seize quartiers par des voies
de grandes dimensions ;
- les voies principales mesurent 12 m dans les grandes villes, 10 dans
les petites, 8 dans les villes de marché ;
- à l’intérieur des quartiers, les voies secondaires forment un
quadrillage variant en fonction du statut social des habitants ;
- les castes se répartissent avec au nord les brahmanes, à l’est les
kshatrya, au sud les vaishya, à l’ouest les shudra.
La ville de Jaipur n’étant ni carrée, ni vraiment rectangulaire,
aucune route n’en faisant le tour, le nombre de quartiers étant de
six à l’origine, en comptant le palais, son tracé apparaît donc
éloigné du plan à neuf cases préconisé par le traité, même si l’on
retenait l’idée – peu vraisemblable – du « déplacement » de la case
du nord-ouest bloquée par les montagnes à l’extrémité sud-est.
Le tracé de Jaipur comporte donc de grandes parts d’ombre que
les écrits contradictoires aux allures de légendes mythiques ne
contribuent en rien à dissiper. Nous en sommes réduits à des
hypothèses. Le programme de ville défini par Jai Singh II portait
sur un tracé à partir et autour du Jai Niwas, avec l’établissement
de carrefours commerciaux et de maisons mitoyennes. Il fut apparemment
assisté dans cette tâche par un personnage de haut
rang, le Bengali Vidyadhar Battacharya, à qui l’on donne parfois
le rôle d’architecte ou du moins de responsable du suivi de réalisation
(15). Dans les archives du palais, il est mentionné en 1729,
comme ministre en chef, Desh ko Diwan, chargé du contrôle des
autorisations de construire pour la ville, définissant les hauteurs
possibles des constructions ainsi que leur aspect. Il est aussi
responsable de la gestion du plan d’attribution des parcelles,
certains terrains étant réservés à des temples ou à des personnages
importants. C’est lui également qui aurait dessiné le plan
pour la construction d’un canal et réalisé la construction de
certains bâtiments publics. Le plus important est le Chandra
Mahal, nouveau palais de Jaipur construit sur sept niveaux conçu vers 1735, ainsi que le palais de Nahargarh. Mais ces attributions
en tant que créateur d’oeuvre architecturale ne sont véritablement
confirmées par aucun texte.
Le palais-jardin du Jai Niwas comme base du tracé de la future ville
Pour comprendre le tracé de la ville, il nous faut remonter au
premier palais construit sur le site. Il semble que ce soit entre 1711
et 1713 que Jai Singh II donne des ordres pour la construction d’un
palais de chasse dit Surya Mahal (palais du soleil) et d’un jardin, le
Jai Niwas Bagh au bord d’un petit lac, dans la plaine au sud
d’Amber.
Pour y arriver, on sort de la ville par la porte sud, dite Ghati
Darwaza, juste après un col, et l’on se trouve alors sur l’ancienne
route d’Ajmer qui descend tout droit dans un thalweg comme on
peut encore l’observer aujourd’hui20. Au bas de la descente, on
trouve près de la zone de marécage le temple de Kanak Vrindavan21
auprès duquel on aménage vers 1707-1710 les jardins moghols dits
Ghati Bagh où sera installée la statue de Govindevji provenant de
la ville éponyme22. C’est un point bas important, à 414 m, où s’accumulent
les pluies de mousson, qui prendra le nom du Jal Mahal
Talàv, palais que Jai Singh fit construire en 1734 en son centre. On
observe non loin de là, sur les relevés de l’époque, des demeures
suburbaines au milieu de jardins, protégées par des hauts murs, si bien que les qualités du site amèneront à imaginer un premier
projet d’implantation de Jaipur sur ces terrains25. Passé ces marais,
la route ouvre sur une grande étendue bordée à l’est et à l’ouest par
de hautes collines qui culminent à 620 m. C’est ici que se trouvaient
quelques villages dont les traces perdureront dans le tissu
de la cité ou à ses abords, comme Brahamipuri, Nahagarh,
Talkatora, Santosh Sagar, Moti Katla, Galtaji et Kishan Pol. Tous
ces noms font référence à des particularismes topographiques, à
des puits ou des monuments existants, dont certains seront intégrés
dans la ville au point de disparaître. En revanche, tous les
temples subsisteront, car un temple en Inde ne peut être démoli
et l’on y voit s’exprimer la ferveur populaire, aujourd’hui encore,
au milieu des embouteillages de certains bazar. Vers le sud, la route
remonte légèrement jusqu’à une ligne de cassure de terrain
formant une légère crête qui traverse la plaine d’est en ouest, déli délimitant
le bassin versant qui descend vers le nord jusqu’à la zone
marécageuse. C’est là que Jai Singh implante le Jai Niwas, en raison
de sa pente dirigée vers le nord et à cause de la présence d’eau et
de végétation.
Le dessin daté de 1711-1713 nous montre donc le projet ou sa réalisation.
Il s’agit d’une composition de jardin en charbagh formant
un double carré26 de même type que le Shalimar Bagh de Lahore,
commandé par Shah-Jahan en 1637 et que l’on retrouve, avec la
même appellation, à Delhi et à Srinagar. On y observe, le long de
l’axe principal, l’alternance de pavillons et de jardins. À Jaipur, un
premier pavillon à trois travées ouvre sur un jardin de 210 m de
côté, puis un deuxième pavillon à sept travées de 80 par 210 m27.
Ce pavillon ouvre ensuite sur un second jardin au fond duquel est
bâti le Badal Mahal (palais des nuages) qui présente cinq travées.
Le bassin carré dit Talkatora finit la composition. Ce lac est situé
dans un enclos entouré de hauts murs où Jai Singh enfermera
tigres et crocodiles. De part et d’autre de la figure, on trouve de
nombreux puits et un système d’adduction d’eau installé sur le long
mur d’enceinte.
Une hiérarchie est établie entre les deux jardins carrés : celui au
sud est choisi pour être le centre de la composition de toute la ville.
Dans le même temps, il représente sans doute le centre vide
correspondant à Brahma, ainsi que la fontaine centrale de la composition
des jardins moghols. Mais nous ne savons pas à quel moment
Jai Singh décide de faire du Jai Niwas le centre de la composition de
sa nouvelle ville. Avant ou après la réalisation de ce jardin ?
Les instruments de mesure astronomique et le tracé de la ville
La date de 1718 est inscrite sur le cadran solaire hémisphérique ou
Nadivalaya Yantra28, instrument astronomique de l’observatoire
de Jai Singh II. La passion cartographique du maharaja, comme la
présence de ces édifices d’observation dès cette date, nous
amènent à penser que ces instruments ont servi au tracé de la ville,
au moins pour déterminer avec précision l’axe du jardin du palais,
le Jai Niwas, dans son positionnement par rapport au nord. Mais
il est bien possible qu’ils aient joué un rôle plus important dans le
tracé de la ville comme nous allons essayer de le montrer.
À Jaipur, si la distance zénithale d’un objet céleste est de plus
de 27°, il se situe dans l’hémisphère sud et si elle est en dessous de
27°, il se situe dans l’hémisphère nord. Le Brihat Samrat Yantra,
gigantesque cadran solaire équatorial, fait un angle de 27° et
mesure près de 27 m de haut. La précision de ce cadran solaire, à deux secondes près, permet de tracer la direction du nord de
manière presque parfaite au regard de nos instruments actuels.
Elle permet également le positionnement précis des axes de la ville
par rapport au nord avec un angle de 13,5°, soit la moitié de la valeur
de la latitude29. Les avantages de ce positionnement, relevés par
quelques chercheurs, tiendraient dans l’évitement du soleil rasant
dans l’axe des voies le matin et le soir, tout en permettant l’arrivée
du soleil du matin en hiver et en évitant celui du soir l’été. Elle
correspondrait aussi au désir d’orienter les rues suivant les vents
dominants30. Le Jai Niwas a-t-il, lui aussi, été positionné grâce à
de tels instruments ? La ville a-t-elle été pensée dans le même
temps que le palais ? Le temple de Ganesh, que Jai Singh fait construire
sur l’axe principal de la ville au sommet d’une colline au nord
de la composition, permet-il de sacraliser un point de visée haut ?
Autant de questions que l’on doit se poser pour comprendre le
tracé de la ville (18). En ce qui concerne le tracé de l’axe est-ouest,
en partant du centre du jardin du Jai Niwas sur l’axe perpendiculaire,
on trouve à l’ouest le temple Balanandji Ka Math (ou Surani
Pur) situé en limite de la ville, dans le quartier de Purani Basti, sur
une hauteur importante permettant des vues lointaines.
Contrairement au reste de la ville, ce temple n’est pas pivoté de
13,5°, mais il est orienté plein est. Parallèlement à cette direction,
en s’appuyant sur la légère ligne de crête transversale du site, fut
tracé le deuxième axe est-ouest de la ville, aboutissant à l’est à un autre point de visée marqué, à une certaine distance de la ville, par
le Surya Mandir31, le temple du soleil. Celui-ci fut construit vers 1720
à mi-hauteur de la colline. La terrasse de ce temple se trouve exactement
dans l’axe de la ligne de crête où s’installe la voie joignant
la porte de Galta Darwaza à l’est jusqu’à celle de Chand Pol à l’ouest.
Il est intéressant de relever que la porte de Suraj Pol se situait au
XVIIIe siècle sur la partie de rempart située au droit du Ram Ganj
Chaupar et donc que le quartier de Topkhana Hazuri était hors les
murs à cette époque. Il est même possible que ce quartier n’ait pas
existé au départ, au moment du tracé initial de la ville. On trouve
en effet à cet emplacement, sur le plan de 1775, un quartier hors les
murs du nom de Mohand Bari.
Entre l’est et l’ouest de la ville, la distance d’une porte à l’autre
est d’environ un kosha. À l’échelle territoriale, le kosha fait 2000
danda, équivalant à 3660 m. L’avenue implantée suivant cet axe est
prévue pour être le grand bazar qui traverse toute la cité. La croisée
de cette voie principale avec l’axe du palais, devant la Tripolia Gate,
correspond au point le plus haut de la ville, à 445 m. De là, on
descend de tous cotés : vers Chand Pol à 440 m, vers Suraj Pol à 438
m, au nord vers la dépression du Talkatora à 425 m, ou au sud vers
ce qui deviendra Man Pol à 440 m. La ligne de crête naturelle sur
laquelle s’implante cette grande avenue a sans doute été redressée
et remblayée pour constituer une voie rectiligne.
Pour décider de l’emplacement des limites nord et sud de la ville,
nous faisons l’hypothèse que c’est la direction du Brihat Samrat
Yantra, dans l’observatoire de Jai Singh, qui a permis de compléter
le tracé régulateur. On constate en effet qu’en prolongeant son axe
vers le sud, on trouve la Shiva Pol (Sanganeri Gate) à son intersection
avec l’axe de Jahori bazar. Dans l’autre sens, vers le nord, à son
intersection avec l’axe du palais, on trouve le point médian de la
rive sud du lac de Talkatora. Cela permet ainsi de positionner les
axes principaux ainsi que les limites de la ville.
Tout porte donc à croire que le tracé de Jaipur fut contrôlé de
deux manières. D’une part depuis une série de points hauts spécifiques,
Ganesh Mandir au nord, Surya Mandir à l’est, Balanandji
Mandir à l’ouest ; d’autre part, depuis le centre, grâce au Brihat
Samrat Yantra. L’ensemble définit une ville à six « cases », donc à
six compartiments carrés, compte non tenu de la subdivision par
une avenue de la case centrale face au palais.
Les autres systèmes de tracé
Dans tous les domaines, en ce qui concerne les jardins, l’architecture
ou l’ensemble des arts, Jai Singh élabore un syncrétisme entre
des références indiennes et mogholes. Cela s’explique autant par
la culture de ses ancêtres que par un choix politique.
Un plan schématique daté du milieu du XVIIe siècle33, conservé à
Jaipur, montre un mode de tracé de ville où, en partant du centre
de la composition dit «Sri avanti/praram» (lieu de départ), on s’appuie
sur une série de carrés emboîtés en rotation de 45° les uns par
rapport aux autres, donc en croissance de racine de 2. Ce système
d’emboîtement se retrouve décrit dans le Mayamata. Certains textes
suggèrent que si le centre est occupé par le palais d’un roi, son
importance se mesure par le nombre d’enclos concentriques qui le
séparent de l’extérieur et donc par le nombre de portes à passer pour
arriver jusqu’aux parties les plus privées du palais.
À Jaipur, si l’on fait «tourner» à 45° les carrés inscrits en partant
de la fontaine du jardin sud du Jai Niwas, centre de la composition,
on obtient d’abord le tracé intérieur du jardin, puis la limite du jardin
lui-même, puis la limite du quartier du palais et enfin le positionnement
des façades côté palais des bazar (en bleu sur le plan). Les
façades extérieures des bazar dessinent un second carré (en rouge
sur le plan) qui donne, par une rotation, la médiane des chowkri (les
quartiers occupant toute une case du tracé) marquée par une voie
sur Purani Basti et Topkhanadesh. Par une nouvelle rotation des
carrés rouges et bleus, on obtient le positionnement des portes sur
le rempart, à l’intérieur pour Chand Pol et Suraj Pol, à l’extérieur pour
les portes Sanganeri et Amber. Au nord, l’intersection de la pointe
du carré avec l’axe de la ville correspond au temple de Ganesh.
Ce mode de composition, fondé sur l’utilisation de la diagonale
de carré, est typique de la civilisation moghole, repérable notamment
dans les jardins et les tombeaux. On peut citer par exemple
celui d’Humayun à Delhi ou celui d’Akbar à Sikandra. Chez les
Moghols, on retrouve ce type de tracé à toutes les échelles, depuis
le détail d’ornementation jusqu’à la ville.
À Jaipur, en prenant pour centre la croisée des axes nord-sud et
est-ouest, la ville vient s’inscrire dans un rectangle 3/2 formé par
les six cases carrées. Au nord, le rectangle vient s’appuyer sur le
grand lac de Jai Sawai Sagar. Ce rectangle se décompose selon les
possibilités géométriques des diagonales qui donnent autant de
points d’accroche pour le tracé des voies, le positionnement des
portes ou celui de points remarquables.
Les sept outils de l’architecte (Rohit Arya, Vaastu : the Indian Art of Placement.
Design and Decorate Homes to Reflect Eternal Spiritual Principles)
Hypothèse de conception de la ville sur un plan à neuf cases et de son altération
(Lionel Machonin, « Chaupar, similitudes et diversités », séminaire Stratégies urbaines, ENSAT, 2003, p. 11).
Le dieu Vishwakarma, architecte de l’univers
Le plan à neuf cases et le Purusha face contre terre
(Andreas Volwahsen, Inde bouddhique, hindoue et jaïna)
Plan suivant le Prasara (B. Doshi, « Cités d’Asie »)
Jai Singh sur une miniature du City Palace (City Museum, Jaipur)
Jardin en charbagh dans la périphérie de Jaipur (City Museum, Jaipur)
Plan pour le Jai Niwas (Susan Gole, Indian Maps and Plans, p. 171).






























