AARP - Rémi PAPILLAULT - Architecte - Urbaniste -Toulouse

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2011 « La naissance de la ville archipélique », Hors Série Garonne, Revue Patrimoine Midi Pyrénées, n°3, juin 2011.

2011 « L’invention d’un paysage urbain », Revue Patrimoine Midi Pyrénées, n°26, avril 2011.

2011 « Territoires Garonne, nouveaux modes d’habiter », Revue Patrimoine Midi Pyrénées, n°25, février 2011.

2010 « L’Université de Toulouse le Mirail, histoire d’un projet». Colloque « Architecture patrimoine du XXème siècle », Catherine Compain (dir). Avril 2010.

2010 « Le silence de la nuit ». Revue Patrimoine Midi Pyrénées, n°18, mars 2010.

2009 « La cellule d’habitation du Mirail, anatomie d’un exercice savant », in Toulouse 45-75, Architecture et urbanisme, sous la direction de Jean Loup Marfaing, CAUE 31, Ed. Loubatières.

2009 « Le Millowners come laboratoire d’architecture ». Colloque « Architecture muséale, espace de l’art et lieu de l’œuvre », Clara Sandrini et Isabelle Alzieu, (dir).

2009 « Définition d’un paradigme urbain, le secteur de Chandigarh » in Actes du Colloque, Brasilia, Chandigarh, Le Havre, Tel Aviv, villes symboles du XXe siècle, dir. Gérard Monnier, Le Havre.

2009 « Le Web et le bunker », Plan Libre, Revue de l’Ordre des Architectes Midi Pyrénées.

2009 « De la Modernité du pont-neuf », Plan Libre, Revue de l’Ordre des Architectes Midi Pyrénées.

2009 « Définition d’un paradigme urbain, le secteur de Chandigarh » in Actes du Colloque, Brasilia, Chandigarh, Le Havre, Tel Aviv, villes symboles du XXe siècle, dir. Gérard Monnier, Le Havre.

2008 « Jaipur a new town in Rajasthan » in Dronah Review, New Delhi.

2008 « Suivre un chantier à plus de 8000km, le Millowners à Ahmedabad », Rencontre de la Fondation Le Corbusier, Centre Georges Pompidou, Paris, 2008.

2008 « Le voyage dans la formation de l’architecte », Revue de l’Ordre des Architectes Midi Pyrénées, Septembre 2008.

2007 « Le chantier du Palais des Filateurs d'Ahmedabad », in Moments biographiques, Rencontres de la Fondation Le Corbusier, Editions de La Villette.

2006-09 Conférences sur la ville de Chandigarh à Chandigarh, Jaipur, Genève, Mendrisio, Porto, Lille, Nantes, Le Havre, Bordeaux, Montpellier, etc.

2006 24 notices sur Chandigarh pour les éditions des archives Le Corbusier en DVD, Ed. Echelle1 & Fondation Le Corbusier, Paris-Tokyo.

2006 « L’éblouissement et le contre jour dans l’atelier du 24NC », Rencontre de la Fondation Le Corbusier, Centre Georges Pompidou, Paris.

2005 « Pour une patrimonialisation de la ville de Chandigarh », Colloque international : Le Corbusier Messager, Pavillon Suisse, CIUP.

2004 «Le Corbusier et la découverte du béton brut», in Concrete Conservation in Chandigarh, Editing by Kiran Joshi, Chandigarh, New Delhi, India.

2004 « Quitter le Mirail ou des raisons d’une désertion », Revue de l’Ordre des Architectes Midi Pyrénées, Septembre 2004.

2004 « La dérive sensible et le projet par la découverte du déjà là », Revue de l’Ordre des Architectes Midi Pyrénées, juin 2004.

2004 Organisation d'un colloque sur le Team Ten. Avec Bruno Fayolle Lussac, Ecole d'Architecture de Toulouse. Invités : Y. Tsiomis, D. Rouillard, C. Blain, P. Falini….

2004 « La place du sacré sur le Capitole de Chandigarh », Colloque International de la Fondation Le Corbusier.

2003 « Des projets pour la ville contemporaine », Conférence à l’Ecole d’Architecture de Lyon.

2002 Recherche, analyse et projet sur les Espaces Publics de Toulouse le Mirail, EAT, DESS en Aménagement Urbain, Faculté de Toulouse le Mirail, Ecole d’architecture de Toulouse.

2002 « Des projets pour Grenade sur Garonne contre l’étalement urbain », Revue de l’Ordre des Architectes Midi Pyrénées, octobre 2002.

2002 « Chandigarh face à son inachèvement », Architecture d’Aujourd’hui, juin 2002.

2002 « Chandigarh », Metropolitain, France Culture, F. Chaslin.

2002 "La ville comme artefact", Colloque Art, rythme, Architecture, Chris Younès, Marseille.

2002 Organisation d'un Colloque et publication des Actes : "Le Capitole de Chandigarh et la question de l'inachèvement". Musée des Années 30. Boulogne Billancourt.

2002 Organisation du Colloque, "Concrete Conservation in Chandigarh", avec Kiran Joshi, Chandigarh, India.

2001 « AZF, Des usines en volcans, histoire d’une rencontre avec la ville », Parpaing, Nov. 2001.

2001 Cycle de Conférence au Musée Les Abattoirs sur « Les territoires de la ville contemporaine » : 1) La ville contemporaine, constat / 2) La culture suburbaine des architectes / 3) Le contextualisme comme le beau lieu de la rencontre entre le standard et la situation.

2001 “Temporal dimensions in the urban projects of Le Corbusier : the case of Chandigarh”, Celebrating Chandigarh, Ed. Chandigarh Perspectives, 2001, Inde.

2000 «Le Corbusier, Le bon sauvage en son cabanon », AA, n°328, p. 44-47, Juin 2000.

2000 Les Abattoirs, histoire d'une transformation, Ed. Espace d'Art Moderne et Contemporain, Les Abattoirs, Toulouse, 110 p.

1999 “Le Corbusier et la découverte du béton brut”, Conférence dans le cadre du colloque de l'Institut National des Beaux Arts, Beyrouth, Liban.

1999 “The urban project of Chandigarh”, Conférence dans le cadre du colloque du "Cinquantenaire de Chandigarh", Chandigarh, Inde..

1998 “Le plan pour l'embellissement et l'extension de Toulouse de Léon Jaussely”, Conférence dans le cadre de l'exposition Cerda , ENSBAT, Toulouse, APUMP..

11997 Organisation d'un colloque sur Toulouse-le-Mirail. Avec le Laboratoire PVP, Invités : Peter Smithson, Alexis Josic, Jean-Marie Lefèvre, …..

1996 Les hôtels particuliers du XVIe siècle à Toulouse, Ed. AAAHG, Toulouse, 1996, 266p..

1996 "Toulouse, Espace d'art moderne et contemporain" Architecture Intérieure, Créé, Août-Sept, n°272, 1996, p.30-31..

1995 “Léon Jaussely ou l’urbanisme comme science 1900-1930”; Conférence dans le cycle De l’art urbain à la ville territoire, SFA, Paris..

1995 “Toulouse le Mirail : histoire et temporalités, 1961-1971”, Conférence dans le cycle De l’art urbain à la ville territoire, SFA, Paris..

1992-93 "Toulouse le Mirail, Récit d'une transgression", Plan Construction et Architecture, Qualité du Logement, réglementations et politiques publiques, PVP, EAT..

1992 "Toulouse le Mirail, 1962-1972, les temps de l'urbanisme", Enquête d'histoire orale, Plan Urbain. METT, Direction de B. Lepetit..

1992 "L'urbanisme comme science ou le dernier rêve de Léon Jaussely" in Toulouse. 1920-1940. La ville et ses architectes, CAUE, École d'Architecture de Toulouse, Ed. Ombres Blanches, 264p. Ch. III, de p. 24 à 39..



Grenade-sur-Garonne
La halle cœur de ville

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Le modèle médiéval fonctionne toujours à Grenade, où le marché demeure le centre de cette bastide de la périphérie toulousaine. Vu dans la longue durée de l’urbanisme, il est sans doute un modèle pour demain.


Le 4 septembre 1290, le sénéchal de Toulouse et l’abbé de Grandselve signent l’acte de fondation de la bastide de Grenade.
Ils souhaitent créer une grande ville neuve. Près de la confluence entre Save et Garonne, non loin des granges cisterciennes possédées par Grandselve, Grenade est sur un plateau une ville longue de 4 200 mètres allant du nord, le « Port haut », pour aboutir en aval de la ville à un « Port bas », reliés entre eux par une double voie principale, épine dorsale d’une bastide nommée à ses débuts Villelongue 1. Si les ports ont disparu depuis longtemps, les rues qui y mènent en conservent le nom.
Dans le sens est-ouest, la double voie aboutit d’un côté au pont sur la Save et de l’autre à un talus, un balcon sur la plaine de la Garonne. Sur plus de sept siècles, Grenade se densifie dans ses murs jusqu’à l’étalement des années 1980. On oublie alors le plan d’origine et la double voie initale pour consommer en trente ans cinq fois plus de territoire qu’en sept cents ans. La démographie rend compte du phénomène : du xviii e siècle aux années 1950, près de 4 000 habitants ; en 1990, 5 000 habitants, en 2008, 7 431, et on attend 10 000 habitants pour 2030.

L’ayral, module de base de la bastide

Grenade est pensée sur la base du modèle gascon à double axe comme Mirande, Marciac, Cologne, Beaumont ou encore Solomiac dont la halle est le centre. L’église est à l’écart, déportée généralement d’un îlot. L’ambition à la création est grande puisque l’on veut accueillir 3 000 parcelles et 3 000 jardins d’un quart d’arpent, « et d’avantage si besoin était 2 », ce qui la ferait rivaliser avec les 10 000 habitants de Montauban et les 20 000 de Toulouse de l’époque.

Pour bien comprendre le système il faut partir du composant de base qui est l’ayral, la parcelle. Dans la charte de fondation, les dimensions de l’ayral donnent la mesure de la ville, à savoir 5 par 15 brasses. Sur la base discutée par les spécialistes de la brasse de Beaumont à 1,841 mètre, la parcelle de Grenade mesure donc 9,20 x 27,60 mètres, soit une surface de 253,92 mètres carrés, plus grande que la parcelle moyenne des bastides du Sud-Ouest. La construction des bâtiments à l’alignement des rues permet de dégager dans la profondeur des parcelles de grands jardins qui s’assemblent en coeur d’îlot. En doublant les parcelles dos à dos, on obtient ainsi une épaisseur d’îlot de 30 brasses, soit 55,20 mètres, qui sont de format carré près de la halle et qui s’allongent dans une proportion de 1,5 puis de 2 à l’approche des remparts. Nous sommes donc là face à un modèle gascon de 24 îlots pour 456 parcelles. Sachant que la charte de fondation veut atteindre au moins les 3 000 parcelles, il nous faut donc imaginer une bastide qui reproduit six à sept fois le modèle de base le long du double axe, le tout construit sur un tracé régulateur dont on peut proposer ici une restitution.

À l’heure de l’urbanisme durable, économe en territoire, la composition de la bastide reste une leçon de densité et de « vivre ensemble » où mise en commun et intimité sont respectées.

Une des plus grandes halles des bastides du Sud-Ouest

À l’origine, le marché avait été fixé le mercredi avant d’être déplacé au XIX e siècle le samedi, jour qu’il a conservé jusqu’à aujourd’hui. Deux foires étaientaussi prévues. Seule la foire de la Saint-Luc, (le 18 et 19 octobre au départ, le quatrième week-end d’octobre aujourd’hui), se perpétue. Elle est créée en 1316 et attire toujours autour de la halle de nombreux commerçants et chalands. Ces foires et marchés prennent place sous la halle et débordent largement sur les rues avoisinantes.

La halle est donc encadrée par le double axe qui va de port à port. Avec 43 mètres sur 43 sur une place de 73 mètres sur 72, on construit donc une des plus grandes halles des bastides du Sud-Ouest. Elle est de type hypostyle sur plan carré faite de 36 piles qui supportent une charpente dans laquelle est logée la salle des échevins (les magistrats de la ville), lien entre pouvoir municipal et marché que l’on retrouve dans de nombreuses bastides du Gers et d’ailleurs.

La force de cette halle tient dans la beauté de sa coupe : l’égout de la toiture descend assez bas sur les côtés et monte au centre de la composition dans une forêt de charpente, avec un clocheton au sommet. On a malheureusement enlevé tout le remplissage des murs de la salle des échevins pour mettre la charpente à nu. Espérons que lors de la prochaine campagne de restauration on pourra retrouver les dispositions spatiales d’origine avec une salle d’échevins fermée avec une nouvelle fonction. Souhaitons aussi que l’on puisse retrouver les bancs de brique et de pierre qui cernaient le périmètre de la halle, dispositif qui permettra peut-être de tenir à distance les camions des commerçants ambulants. On trouve encore sur le marché de Grenade des maraîchers et des fermiers qui proposent des produits du pays : légumes, fruits, miel, viandes, fromages ; des paysans qui, malgré Bruxelles, vendent des animaux vivants, poules, canards, pigeons. Bien sûr, l’amour du pittoresque, des couleurs et de l’accent rocailleux guident ces dernières lignes mais il y a aussi la saveur particulière d’une histoire urbaine et de sa redécouverte ; il y a l’intérêt d’un urbaniste pour la beauté d’un plan. Mais au-delà de toutes ces raisons, il semble que se joue ici, dans la vérité d’un ancrage territorial, une grande leçon pour demain.


1. Rumeau (R.), Histoire de Grenade, Librairie Regnault, Toulouse, 1897, (réed. Eché, 1982). 2. Ibid, « Acte de Paréage de Grenade, 1290 », p.76.


Article paru dans Revue Patrimoine Midi Pyrénées, 2011.



Paul Gardia
un essai d’architecture organique

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En dépit d’une frilosité architecturale d’au moins trois décennies , il existait à Toulouse, de l’après-guerre au début des années 1970, un véritable engouement pour la modernité. On regardait vers les États -Unis : les Wright, Mies van der Rohe, Neutra , on s’inspirait de Le Corbusier. La maison Moussion s’inscrit dans cette dynamique .

L’architecte Paul Gardia est une des figures marquantes de « l’École brutaliste toulousaine » dont on redécouvre la valeur grâce à un ensemble de publications récentes 1. Né en 1920 à Toulouse, il y commence ses études à l’école des beauxarts avant de rejoindre l’atelier Lemaresquier à Paris pour finalement revenir dans sa ville natale avec un diplôme d’architecte DPLG, passé tardivement en 1956, sur un projet de structure d’accueil touristique à Montségur. Il s’associe avec des amis d’école, Maurice Zavagno et Jean Sauvagé qui décède brutalement peu après. À trois, puis à deux, sur ces quinze années d’exercice, ils réalisent des bâtiments remarquables comme les Abattoirs de Pamiers, l’immeuble du 11, boulevard des Récollets, à Toulouse, l’actuel Centre de formation professionnelle pour adultes, à Labège, ou encore le bâtiment expérimental en métal et brique de la faculté des lettres de Toulouse- Le Mirail (1969), conçu et réalisé avec Fabien Castaing, sous la direction de Josic et Candilis.

Concentrée sur la construction de ces grands équipements, l’équipe conçoit très peu de maisons, cependant, l’une d’entre elles peut être considérée comme une oeuvre remarquable. Il s’agit de la villa construite en 1968 pour le Dr Moussion et sa famille et qui fait suite à la maison-cabinet médical réalisée peu avant au centre de Toulouse. Le programme est celui d’une maison pour le couple et ses trois enfants dans un vallon de Vigoulet-Auzil.

Sans en parler à son associé ni à ses collaborateurs, Gardia conçoit seul cette maison inspirée des constructions de Frank Lloyd Wright et très différente du style habituel de l’agence ou de l’école toulousaine,. Il avait pu mesurer le talent de l’architecte américain lors de la grande exposition rétrospective « Sixty years of living architecture », présentée à Paris en 1952 à l’École des beaux-arts 2. L’architecture organique défendue par Wright tenait en neuf points abstraits portant à la fois sur la beauté, l’esprit et la nature des choses, qu’illustraient nombre de ses oeuvres. La Snowflake House de 1941, de base hexagonale autour de la verticale de la cheminée, était considérée par Wright comme la plus sophistiquée des maisons dites Usonians. Il la déclina ensuite en différentes compositions, jouant sur le thème du triangle et de l’hexagone.

Tout comme ses confrères Castaing, Debeaux, Lafitte, Schulz et d’autres, Gardia était plutôt tourné vers la modernité de Le Corbusier, dont il avait visité à Paris et en province la plupart des réalisations. La référence au maître était constante, presque incontournable. À l’école des beaux-arts de Toulouse, l’OEuvre complète circulait sous le manteau 3. Aussi, cette maison « Moussion » dans le style de Wright n’en est que plus intéressante. Une forme d’hybridation entre une architecture organique wrightienne avec, en sourdine, l’écriture brutaliste corbuséenne.

La maison est d’abord solidement ancrée dans le sol, avec un niveau enterré qui ouvre sur un creux artificiel du terrain. Elle laisse le jardin à l’écart dans une introversion radicale, la seule issue étant une passerelle débouchant en plongeoir à un mètre au-dessus du sol. Le triangle et l’hexagone servent, comme chez Wright, au tracé générateur d’ensemble – comme à la composition de détails – qui s’organise autour de la cheminée en s’orientant vers différentes fenêtres pour des lumières changeantes. Cette spatialité tournante part de la salle de jeux du niveau enterrée, se poursuit du séjour à l’atelier jusqu’à la terrasse en toiture, renforcée par des plans de matière et de couleur, comme l’enduit blanc projeté au plafond, le béton brut de décoffrage des murs et les carreaux de terre cuite au sol. On se tient dans le foyer central comme dans une cheminée de ferme. L’entrepreneur Del Tedesco se doit de réaliser un exploit technique avec des murs de béton coulés en place de 50 centimètres d’épaisseur, fruités, sans rattrapage de banche visible. L’ensemble est couvert par des étanchéités en cuivre et une toiture de tuiles brunes qui semble surgir du sol. Tous ces dispositifs donnent une spatialité savante, complexe, où le risque est mis en avant par les pointes acérées des triangles, les passerelles à garde-corps ajourés et les escaliers à marches biaises. Atteint d’une maladie incurable, Gardia décède en décembre 1969. Le chantier continue avec la même équipe, désormais réunie autour de Maurice Zavagno.

Une maison, plus que toute autre architecture, prend sa vraie dimension dans sa dépendance avec ceux qui y demeurent. Madame Moussion aime cette maison qu’elle « pratique » depuis quarante ans. Par son art, sa douceur et un tempérament bohème, elle calme les ardeurs énergiques de l’espace.


© photographies Rémi Papilault 1. Marfaing (Jean-Loup) (dir.), Toulouse 45-75, la ville mise à jour, Toulouse, CAUE 31, Loubatières, 2009. Les travaux de recherche du séminaire de master « H istoire et théories du projet », Rémi Papillault (dir.), ENSA Toulouse. 2. Deux catalogues illustraient cette exposition : Frank Lloyd Wright. L’Architecture organique regarde l’architecture moderne, et Exposition de L’oeuvre de Frank Lloyd Wright, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts, 1952. 3. De 1929 à 1965, Le Corbusier publie régulièrement ses projets aux éditions d’Architecture de Zurich, sous la direction de W. Boesiger.


Article paru dans Revue Patrimoine Midi Pyrénées, 2011.



L’atelier crée l’artiste autant que l’artiste le crée

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Créé en 1978 à Toulouse, l’atelier Jean-Dominique Fleury est une référence en matière de vitrail ancien et contemporain. Plutôt que d’évoquer l’oeuvre de cet artisan-artiste, explorons le rapport entre le maître verrier et son atelier comme lieu de production et de création. Cette visite est peut-être d’abord une rencontre.

Au coeur du vieux Toulouse, l’atelier du maître verrier Jean-Dominique Fleury est tout d’abord un lieu comme il n’en existe plus. Les artistes et artisans ont été lentement poussés hors des centres vers des zones au pire sans âme, au mieux jouant dans la troublante vibration des délaissés des franges urbaines. Au milieu du bourg Saint-Cyprien, cet atelier est une résistance. De l’extérieur, il ne s’agit pourtant que d’un simple bâtiment à un étage plus comble, recouvert d’un enduit gris qui laisse apparents les chambranles de brique, limitant ainsi les frais de constructions, comme il se devait pour une architecture ordinaire. Ce bâtiment fut réalisé lors de la création d’un lotissement, gagné bien après la Révolution sur d’anciens jardins des Dames Maltaises, Hospitalières de Saint-Jean de Jérusalem. Sa première fonction de dépôt de grains est encore visible par des goulottes, des entonnoirs et des tubes encastrés au travers du plancher d’étage.

Pour échapper à l’impôt 1, on mura fenêtres et portes-fenêtres puis, bien après que toute activité agricole eut déserté le centre de la ville, il servit pendant quelques décennies de dépôt de peinture, un lieu oublié, hors du temps. Jusqu’à ce que, quittant la solitude de Bruniquel et un statut « d’artiste au champ » de l’après 1968, Jean-Dominique Fleury, par hasard et par chance, tombât dessus, tel un miracle du genre de ceux qui arrivent lorsque que l’on possède une inclination à marcher sur les lignes de crêtes de l’insécurité prises comme seul endroit où il puisse se passer quelque chose. Le maître verrier, dès la première visite, était sûr d’avoir ici trouvé « son » lieu, même s’il mit plus d’un an à l’investir tant il lui semblait que sa propre capacité de création dépendrait éminemment du niveau d’empathie avec le réceptacle.

Quitter un atelier pour un autre ne se fait pas comme changer de maison, car un lieu ne devient pas espace de création simplement. Outre l’idée d’un apprivoisement mutuel, il y a le besoin de construire une histoire commune, d’esthétiser la stratification du temps qui finit parfois dans la construction lente d’un miroir, d’un lieu qui nous ressemble : « Une maison comme moi », disait Malaparte à l’architecte Libera lors de la conception du célèbre refuge d’écriture sur l’île de Capri 2.

Une forme de Factory à la Warhol Pour ce faire, il fallut abattre des cloisons, ouvrir des verrières à l’est et à l’ouest pour obtenir des lumières changeantes qui fassent parler le verre, installer les fours, les bains de plomb…, bref équiper le lieu… mais sans en enlever l’âme, dans le désir du loft industriel new-yorkais baigné de lumière, avec des grandes hauteurs sous plafond, où murs, sols et poteaux sont laissés bruts. Accessible par une grande porte cochère, il ouvre directement sur une vaste salle prêtée au départ à des artistes ou à des galeries d’art comme lieu de stockage. On y vit des créations de Jaume Plensa, de Richard Bacquié et d’autres artistes de la galerie Acte Sud.

Aujourd’hui s’y déroule la production et la découpe du verre. Un grand four occupe le fond, des racks permettent le stockage des vitraux, et l’on s’affaire à la restauration des panneaux de la cathédrale Saint-Just de Narbonne. Au sol est posé un essai de sérigraphie sur verre d’une photo de Hô Chi Minh par Raymond Aubrac ; au mur, un ancien carton d’un vitrail des Ateliers Mauméjean rappelle le travail pour l’église de la Dalbade…, puis des bouts de verre de Conques, tout un fatras de vis, papiers, bouts de bois, outils déglingués, « objets à réactions poétiques 3 » ramassés lors des périples sont posés ici ou là. La main-d’oeuvre de l’atelier a fluctué entre quatre et douze compagnons qui, en fonction des chantiers de rénovation ou de création, se répartissaient sur les deux étages. Éric Savalli, compagnon arrivé il y a 25 ans, est la mémoire du lieu.

À l’étage se tenaient et se tiennent toujours la création, le dessin, la réflexion. Mais cette division par niveau a toujours été relative car, en fonction des projets et des chantiers, l’espace était complètement remanié, l’ouvrage se déployant sur l’ensemble ou au contraire trouvant refuge dans telles ou telles parties.

On trouve, au-dessus de tout cela, un grand grenier vide éclairé par deux vasistas formant une petite unité de vie qui permet de recevoir des ouvriers ou des artistes de passage. Dans l’accueil de ces artistes, il y avait et il reste aussi la volonté du maître verrier de transformer ce lieu en une forme de Factory à la Warhol, une bulle de construction d’un travail collectif où se croiseraient des artistes en résidence ou, de façon plus ambitieuse, d’imaginer des créations à plusieurs mains. La dimension de Factory ne sera jamais vraiment atteinte, mais l’atelier a accueilli souvent des artistes comme Jean-Pierre Pincemin, Damien Cabanes, ou encore Catherine Violet, venus expérimenter la peinture ou le dessin sur verre. En ce moment, Vincent Fortemps, graphiste wallon, y prépare sa prochaine exposition.

Plus qu’une Factory, ce lieu est finalement devenu une interface au service de l’art qui vit passer Pierre Soulages pour les 104 baies de l’abbatiale de Conques, Miquel Barceló pour la réalisation des vitraux de la chapelle Saint-Pierre à Palma de Majorque, Martial Raysse pour Notre-Dame de l’Arche d’Alliance à Paris et encore Marc Couturier, Pascal Convert, Jean-Michel Othoniel, Damien Cabanes, Didier Mencoboni…

Pour chacune de ces créations, l’atelier aura été le lieu de « l’invention-interprétation » au service de l’artiste dont il fallait presque à chaque fois revoir l’organisation technique et spatiale, inventer des dispositifs qui permettent l’oeuvre. Pour Soulages, il fut décidé d’isoler l’artiste du « noir-lumière » dans un espace spécifique, hors de la perturbation de toute autre couleur ; les « objets à réaction poétique » furent rangés dans des caisses, ne restant à l’étage que l’espace et la lumière. Malgré ces précautions d’ordre et de rangement, un autre artiste, en entrant dans l’atelier, pris dans l’ambiance et les odeurs de plomb, eut cette phrase assassine : « C’est épouvantable, cela pue le Moyen Âge. » Ce qui impressionne, lors des visites, c’est la façon dont quarante années d’activité se sédimentent, sur les murs, tables, sols, dans les cartons à dessins à moitié ouverts, où l’archive est vivante. L’atelier garde les traces de toutes ces aventures dans un désordre volontaire, une forme de substance de la création dans l’inachèvement. Comment ce désordre s’organise et nourrit l’oeuvre reste un mystère qui impressionne le visiteur ou le nouvel apprenti. Dans ce lieu, un maître verrier « maniaque » organise un paysage du chaos nécessaire et, en même temps, la signature d’un « moi mythique 4 » : l’atelier crée l’artiste autant que l’artiste crée l’atelier.


••• En savoir plus Maître d’art en 2004, titre qui distingue « un professionnel d’excellence qui maîtrise des techniques et des savoir-faire exceptionnels », Jean-Dominique Fleury est un créateur de vitraux qui a travaillé avec les plus grands artistes contemporains : Soulage, Barceló, Martial Raysse. 4, rue Arzac, 31300 Toulouse (31) 05 61 59 26 42 www.atelier-fleury.com www.maitresdart.com www.artisanat-d-art-metiers-d-art-midi-pyrenees. com



1. L’impôt sur les portes et les colonnes fut institué en France par le Directoire, pendant la Révolution, le 4 frimaire an VII (24 novembre 1798), et supprimé en 1926. 2 Curzio Malaparte se fit construire un refuge sur l’île de Capri en 1937. C’est l’architecte Adalberto Libera qui fit les premiers plans destinés au dépôt du permis de construire. Jean Luc Godard y tourna Le Mépris. 3 En référence aux fragments de nature ramassés à partir de 1925 par Le Corbusier comme bois flottés, os, coquillages… qui devinrent pour lui des « objets à réaction poétique », supports pour sa peinture. 4 Schloezer (Boris de), Introduction à J.S. Bach. Essai d’esthétique musicale, Gallimard, 1947, p. 288- 299.



Article paru dans Revue Patrimoine Midi Pyrénées, 2011.



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